
Un établissement de santé n’est pas un bâtiment comme les autres. Classés ERP de type U — la catégorie la plus contraignante du Code de la construction —, les hôpitaux, cliniques et EHPAD accueillent des personnes dont la dépendance physique ou cognitive rend toute évacuation d’urgence infiniment plus complexe qu’ailleurs. Une alarme incendie dans un EHPAD à 3h du matin, c’est une équipe réduite, des résidents désorientés, des lits médicalisés à déplacer. C’est précisément pour cela que l’évacuation ne s’improvise jamais : elle se prépare, se répète et s’améliore.
Ce guide pratique s’adresse aux directeurs d’établissements de santé qui souhaitent comprendre leurs obligations, structurer leur dispositif et faire de chaque exercice un levier de progrès réel. Au programme : cadre réglementaire, organisation opérationnelle, exercices obligatoires et gestion des cas les plus délicats.
Table des Matières
- L’organisation d’une évacuation en milieu médicalisé
- Les exercices d’évacuation : pourquoi, comment, à quelle fréquence ?
- Les cas particuliers : les défis spécifiques au milieu médicalisé
- Chiffres Clés
- Questions Fréquentes (FAQ)
- Conclusion
L’Organisation d’une Évacuation en Milieu Médicalisé
Qu’est-ce qu’un plan d’évacuation ? Cadre réglementaire
Un plan d’évacuation est un document opérationnel qui définit, pour chaque zone d’un établissement, les procédures à suivre en cas de sinistre nécessitant une mise en sécurité des occupants. Pour les établissements de santé, ce plan s’inscrit dans un cadre réglementaire précis :
- Le Code de la construction et de l’habitation (CCH) impose aux ERP de respecter des règles de sécurité incendie strictes.
- L’arrêté du 25 juin 1980 portant règlement de sécurité contre les risques d’incendie et de panique dans les ERP constitue la référence centrale. Son chapitre consacré au type U (établissements de soins) y est particulièrement exigeant.
- La circulaire DHOS du 11 mars 2009 complète ce dispositif pour les établissements hospitaliers en précisant les obligations de formation et d’exercices.
Le plan d’évacuation doit être affiché à chaque niveau de l’établissement, mis à jour à chaque modification structurelle, et intégré dans le registre de sécurité — document obligatoire qui consigne l’ensemble des actions de prévention, vérifications périodiques et incidents.
Les acteurs clés de la chaîne d’évacuation
Une évacuation réussie repose sur une chaîne humaine bien définie :
| Acteur | Rôle |
|---|---|
| Directeur d’établissement | Validation du dispositif, responsabilité légale, arbitrages organisationnels |
| Responsable sécurité (ou chargé de sécurité) | Coordination technique, mise à jour du plan, suivi des exercices |
| Équipiers de première intervention (EPI) | Premiers à intervenir sur un départ de feu (extincteurs, alerte) |
| Équipiers de seconde intervention (ESI) | Renforcent les EPI, guident l’évacuation, font le lien avec les secours |
| Personnel soignant | Évacuation physique des patients, maintien du calme, gestion des cas complexes |
| Agent d’accueil / standard | Déclenchement de l’alarme, appel des secours, accueil des pompiers |
⚠️ Point de vigilance pour les directeurs : la responsabilité pénale du directeur peut être engagée en cas d’accident lors d’une évacuation mal préparée. La délégation de pouvoir au responsable sécurité ne supprime pas cette responsabilité — elle l’encadre.
Évacuation totale vs évacuation partielle et horizontale
Dans les établissements de santé, l’évacuation complète de tous les occupants vers l’extérieur est souvent impossible ou dangereuse pour les patients les plus fragiles. Le règlement type U prévoit donc plusieurs niveaux :
- L’évacuation partielle : seule la zone sinistrée est évacuée vers une zone compartimentée adjacente (principe du cloisonnement coupe-feu).
- L’évacuation horizontale : les patients sont déplacés d’un secteur à l’autre du même niveau, en franchissant les portes coupe-feu, sans emprunter les escaliers.
- L’évacuation totale : déplacement de l’ensemble des occupants vers l’extérieur du bâtiment, réservée aux sinistres majeurs.
Cette gradation est fondamentale : elle conditionne l’ensemble de l’architecture du plan d’évacuation et doit être connue de chaque membre du personnel.
Les outils indispensables
- Registre de sécurité : tenu à jour, consultable par la commission de sécurité
- Plans d’évacuation affichés : un par niveau, avec dégagements, issues de secours et points de rassemblement clairement indiqués
- Consignes écrites de sécurité : affichées dans chaque local, rédigées en langage simple
- Liste des résidents/patients par chambre : mise à jour quotidiennement, accessible au personnel de nuit
- Fiches de poste individuelles : chaque agent sait exactement ce qu’il doit faire, dans quel ordre, avec qui
Les Exercices d’Évacuation : Pourquoi, Comment, à Quelle Fréquence ?

Une obligation légale non négociable
Pour les ERP de type U, la réglementation impose au minimum deux exercices d’évacuation par an. Cette fréquence n’est pas anodine : elle tient compte de la rotation du personnel soignant, des remplaçants, des intérimaires et des nouveaux arrivants qui doivent être formés en continu.
📊 Au moins 2 exercices/an – Fréquence réglementaire des exercices
Ces exercices doivent être consignés dans le registre de sécurité avec la date, le scénario utilisé, le nombre de participants et les observations. En cas de contrôle par la commission de sécurité, l’absence de ces traces constitue une irrégularité pouvant entraîner une mise en demeure, voire une fermeture administrative.
Les objectifs réels d’un exercice d’évacuation
Un exercice ne sert pas à « cocher une case ». Bien conçu, il permet de :
- Tester les réflexes du personnel face à une situation d’urgence simulée
- Identifier les failles : portes coupe-feu bloquées en position ouverte, issues encombrées, agents ne connaissant pas leur rôle
- Former en situation réelle les nouveaux arrivants et les remplaçants
- Vérifier la praticabilité des itinéraires d’évacuation avec des patients ou résidents
- Évaluer les délais : combien de temps faut-il réellement pour évacuer un secteur de 20 lits ?
Comment bien préparer un exercice
La préparation est la clé d’un exercice utile. Voici les étapes incontournables :
Avant l’exercice :
- Définir un scénario réaliste (départ de feu dans la cuisine, en chambre, dans le local technique…)
- Désigner des observateurs qui ne participent pas à l’évacuation mais notent les comportements
- Briefer les encadrants sans révéler le scénario complet au personnel exécutant
- Prévenir les services d’urgence locaux pour éviter une mobilisation inutile des secours
- S’assurer que les patients fragiles ne seront pas mis en danger par l’exercice lui-même
Pendant l’exercice :
- Déclencher l’alarme dans les conditions les plus proches de la réalité
- Observer sans intervenir sauf en cas de danger réel
- Chronométrer les phases clés
Après l’exercice :
- Organiser un débriefing collectif dans les 24 heures
- Compléter une grille d’observation structurée
- Rédiger un plan d’action correctif avec responsables et échéances
Les erreurs fréquentes à éviter
| Erreur | Conséquence | Bonne pratique |
|---|---|---|
| Exercice annoncé trop à l’avance | Comportements artificiels, failles masquées | Annoncer la semaine, pas l’heure exacte |
| Absence de débriefing | Aucun apprentissage collectif | Débriefing systématique sous 24h |
| Personnel de nuit jamais exercé | Risque maximal aux heures creuses | Alterner les horaires d’exercice |
| Pas d’observateur neutre | Évaluation subjective | Désigner un observateur externe si possible |
| Exercice sans patients | Irréaliste pour le milieu médicalisé | Intégrer quelques résidents volontaires |
📊 Supérieure à 60 % – Part des accidents graves en établissements de santé survenus la nuit ou le week-end
Les Cas Particuliers : Les Défis Spécifiques au Milieu Médicalisé
Patients à mobilité réduite ou grabataires
C’est le défi central de tout plan d’évacuation EHPAD ou hospitalier. Un patient grabataire ne peut pas évacuer seul, et le porter à deux dans un escalier est à la fois dangereux pour lui et pour le soignant.
Les solutions techniques disponibles :
- Matelas d’évacuation (Evac-Mat, Evac+Chair) : permettent de glisser un patient au sol et de le tirer sur les paliers et escaliers avec un minimum d’effort
- Chaises d’évacuation : pour les patients pouvant être assis, équipées de patins pour descendre les marches
- Lits à roulettes verrouillables : pour les évacuations horizontales sur surface plane
💡 Conseil pratique : chaque chambre de patient à mobilité réduite doit être identifiée sur le plan d’évacuation avec le matériel adapté à proximité immédiate. Ne pas attendre le sinistre pour chercher le matelas d’évacuation.
« La mise en sécurité des personnes à mobilité réduite en ERP doit faire l’objet de procédures spécifiques intégrées au plan d’évacuation »
— Ministère de l’Intérieur – Guide pratique ERP
Patients sous assistance respiratoire ou perfusion
Ces patients nécessitent une coordination étroite entre le personnel soignant et le responsable de l’évacuation. Les protocoles doivent prévoir :
- L’identification préalable de ces patients dans les fiches de poste de nuit
- La disponibilité d’équipements de ventilation portable (BAVU, concentrateurs O² portables)
- Un ordre de priorité d’évacuation établi en amont avec le médecin responsable
- Des procédures de débranchement sécurisé validées par l’équipe médicale
Patients désorientés : Alzheimer et démences
En EHPAD notamment, une part significative des résidents souffre de troubles cognitifs. Face à une alarme, ces patients peuvent :
- Paniquer et résister physiquement à l’évacuation
- Fuguer dans une direction opposée aux issues de secours
- Rester passifs, sans comprendre la situation
Les bonnes pratiques recommandées :
- Affecter un soignant référent par résident désorienté lors des exercices et dans le plan réel
- Utiliser un ton calme et rassurant, éviter les ordres secs
- Prévoir des zones de regroupement sécurisées avec accompagnement humain permanent
- Former le personnel aux techniques de communication adaptées aux personnes atteintes de démence
Nuit et week-end : la vulnérabilité des effectifs réduits
C’est le scénario le plus redouté des directeurs d’établissement. La nuit, un EHPAD de 80 lits peut fonctionner avec 3 ou 4 agents. Dans ce contexte :
- Le plan d’évacuation de nuit doit être distinct du plan de jour, avec des effectifs et des priorités adaptés
- Les agents de nuit doivent être spécifiquement formés à l’évacuation de patients dépendants
- Un système d’appel renforcé (astreinte direction, voisinage, pompiers) doit être activé immédiatement
- Les exercices de nuit, bien que contraignants, sont indispensables pour valider la faisabilité réelle du dispositif
Incendie en zone protégée : bloc opératoire et réanimation
Ces secteurs obéissent à des procédures dérogatoires en raison de l’impossibilité d’interrompre certains soins :
- Bloc opératoire : une intervention chirurgicale en cours ne peut être interrompue que si le danger est immédiat et avéré. Le chirurgien prend la décision médicale, le directeur la décision administrative.
- Réanimation : chaque patient sous assistance vitale doit avoir une fiche individuelle de transfert d’urgence, avec le matériel nécessaire identifié à l’avance.
- Ces zones doivent disposer de portes coupe-feu renforcées et d’un compartimentage permettant une mise en sécurité sur place (shelter-in-place) en première intention.

Chiffres Clés
📊 2 exercices minimum par an sont obligatoires dans les ERP de type U (hôpitaux, EHPAD, cliniques) — toute dérogation expose l’établissement à des sanctions administratives. (Source : Arrêté du 25 juin 1980)
🏥 80 % des EHPAD français accueillent des résidents présentant des troubles cognitifs modérés à sévères, rendant les procédures d’évacuation standard inadaptées sans protocole spécifique. (Source : Rapport DREES 2024)
🔥 1 incendie sur 3 dans les établissements recevant du public démarre la nuit ou en week-end, aux heures où les effectifs sont les plus réduits. (Source : SDIS / Statistiques incendie France)
⚖️ La responsabilité pénale du directeur peut être engagée en cas d’accident lors d’une évacuation non préparée ou d’absence de registre de sécurité à jour. (Source : Code pénal, art. 223-1)
📊 Entre 15 000 € et 80 000 € selon la taille – Coût moyen d’une mise en conformité sécurité incendie en EHPAD
Questions Fréquentes (FAQ)
Comment organiser une évacuation en EHPAD ?
L’organisation d’une évacuation en EHPAD repose sur trois piliers : un plan d’évacuation formalisé et affiché, des équipes formées avec des rôles définis, et du matériel adapté aux patients à mobilité réduite. Le directeur doit valider le dispositif, s’assurer de sa mise à jour régulière et veiller à ce que les exercices réglementaires (2 par an minimum) soient réalisés et consignés dans le registre de sécurité.
Quelle est la fréquence réglementaire des exercices d’évacuation en milieu médicalisé ?
Pour les ERP de type U (établissements de soins), l’arrêté du 25 juin 1980 impose au moins deux exercices d’évacuation par an. Ces exercices doivent être consignés dans le registre de sécurité. Il est fortement recommandé d’en réaliser un de nuit afin de tester le dispositif dans les conditions les plus contraignantes.
Que faire en cas d’incendie dans un hôpital ou une clinique ?
En cas d’incendie, le personnel doit appliquer la procédure RACE (Rescue / Alert / Confine / Extinguish) ou son équivalent français : alerter, confiner le feu en fermant les portes coupe-feu, évacuer les occupants en commençant par les plus proches du sinistre, et accueillir les secours. L’évacuation horizontale est prioritaire sur l’évacuation vers l’extérieur pour les patients non valides.
Comment évacuer des patients non valides ou grabataires ?
L’évacuation de patients grabataires nécessite du matériel spécifique : matelas d’évacuation, chaises d’évacuation pour escaliers, et des techniques de transfert formalisées. Chaque établissement doit identifier en amont les patients concernés, affecter du personnel formé, et positionner le matériel à proximité immédiate des chambres concernées.
Quel est le rôle du directeur dans le plan d’évacuation ?
Le directeur d’établissement est le garant légal de la sécurité des personnes accueillies. Il lui incombe de valider le plan d’évacuation, de s’assurer de la formation des équipes, de superviser les exercices, de tenir le registre de sécurité à jour et de donner suite aux préconisations de la commission de sécurité. En cas de manquement grave, sa responsabilité civile et pénale peut être engagée.
Conclusion
L’évacuation en milieu médicalisé n’est pas une contrainte administrative parmi d’autres : c’est une obligation vitale, au sens propre du terme. Des patients dépendants, des soignants sous pression, des bâtiments complexes — autant de facteurs qui font de la préparation la seule réponse sérieuse à l’urgence.
En tant que directeur d’établissement, votre rôle dépasse la simple validation de documents. Vous êtes le chef d’orchestre d’un dispositif humain et technique qui doit fonctionner parfaitement, y compris à 3h du matin, y compris avec du personnel remplaçant, y compris dans les zones les plus sensibles de votre établissement.
Trois actions concrètes à engager dès maintenant :
- ✅ Auditez votre plan d’évacuation actuel : est-il à jour, affiché, connu de tous ?
- ✅ Planifiez vos deux exercices annuels en alternant les horaires (jour/nuit) et les scénarios
- ✅ Formez vos équipes — notamment les soignants de nuit et les remplaçants — aux techniques d’évacuation de patients dépendants
Vous souhaitez aller plus loin ? Faites appel à un organisme de formation spécialisé en sécurité incendie pour les établissements de santé. Un accompagnement sur mesure vous permettra de construire un dispositif robuste, conforme et réellement opérationnel.